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| En juin 1982, ce tableau de Nicolas Monsiaux(*) faisait la couverture du N°148 de Neptunia, il était accompagné, en deuxième de couverture, d'un long commentaire du Commandant Vichot que nous reproduisons ici. |
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Louis XVI donne ses instructions au Capitaine de Vaisseau de Lapérouse pour son voyage d'exploration autour du monde (1er août 1785 - mars 1788). Peinture de Nicolas Monsiaux (Paris 1754 Paris 1837); Musée de Versailles. Cette peinture très officielle paraît, dès l'abord, aussi consciencieuse que conventionnelle. Elle marque, à l'évidence, l'intérêt que Louis XVI portait à la découverte du monde et aux sciences nautique et géographique. On sait qu'il avait étudié avec soin les résultats du voyage de Bougainville en 1766-69 et des trois grandes explorations de James Cook de 1771 à 1779. Il avait même recommandé à la Marine française, durant la dernière guerre, de ne jamais nuire au célèbre navigateur anglais. mais au contraire, de lui apporter toute l'aide qu'il pourrait solliciter. Néanmoins, il entendait bien, la paix conclue, encourager nos marins à participer hardiment aux voyages de découverte et au développement des sciences pour une meilleure connaisance de notre univers. Il avait choisi sur une liste de nos meilleurs officiers, le Capitaine de Vaisseau Galaup de Lapérouse (Albi 1741-1788), recommandé par le Maréchal de Castries (1727-1801), ministre de la Marine, pour sa forte personnalité, son courage, ses qualités de chef, de marin et d'organisateur ayant déjà beaucoup navigué et s'étant distingué dans plusieurs combats, il avait de très beaux états de service; enfin, il s'intéressait aux sciences et appréciait les courants humanistes en faveur à cette époque. Nos trois personnages ainsi plantés, notre tableau mérite un examen plus approfondi car c'est un travail soigné dans les moindres détails et il a subi le contrôle officiel de gens avertis. Mais pour juger de sa valeur documentaire, se pose la question primordiale : est-il contemporain de la scène représentée ? On est tenté de le croire, car de nos médias nous ont habitués à «Vivre l'actualité » au jour le jour. Un peintre n'est certes pas un caméraman, mais on peut penser qu'en 1785, Nicolas Monsiaux avait effectivement «couvert l'évènement», aussi excitant à l'époque, qu'un bond sur la lune aujourd'hui: le bon roi Louis XVI ordonnant au hardi Capitaine Lapérouse d'aller découvrir des terres nouvelles aux antipodes et lui recommandant d'apporter aux «bons sauvages» de jolies verroteries et des casques de dragons, avec tous le beaux sentiments des philosophes et du peuple de France à leur égard, cela prêtait à de brillants propos dans les salons et à joyeusetés dans les tavernes à matelots. Pour si noble tâche, Monsiaux était peut-être un peu jeune (31 ans, comme le Roi) mais il était déjà bien en cour et il sera reçu à l'Académie en 1787. Il semblait donc capable de s'acquitter prestement de cette peinture illustrant la grande initiative scientifique et humanitaire du règne. Le Maréchal de Castries, de son côté, paraît fort empressé et charmé de jouer les premiers rôles dans cette scène historique. Eh bien non ! II n'était point de mise, en ce temps, de chanter Victoire avant qu'elle fût acquise. Le sort des batailles est toujours incertain, et cette fois, l'entreprise à laquelle le Roi lui-même et ses éminents collaborateurs avaient apporté tous leurs soins dans le plus grand secret, s'annonçait comme une redoutable aventure, pleine de périls. La Couronne ne se pouvait compromettre sans disposer des lauriers à cueillir sur les terres vierges du bout du monde. Enquête faite, c'est en effet, en 1817 que ce tableau a été commandé, puis exposé au Salon, à l'initiative sans doute, du Lieutenant Général de Castries (1756-1842) fils du Maréchal. Ils avaient tous deux suivi le futur Louis XVIII en exil en 1791, et le Maréchal était mort près de lui en 1801; ils avaient sûrement évoqué ensemble les préparatifs et les résultats remarquables acquis par La Pérouse avant sa disparition mystérieuse au- delà de l'Australie en 1788. Bien qu'inachevé, ce voyage tragique avaient eu un grand retentissement dans le monde: savants et marins vantaient à l'envi le courage, la loyauté et la générosité, l'expérience et les connaissances maritimes et scientifiques, mais aussi la délicatesse et les sentiments humanitaires de Lapérouse et de ses officiers, tant à l'égard de leurs équipages que des peuplades visitées. Cette valeureuse épopée, qui complétait magistralement les découvertes de Cook, méritait donc d'être rappelée à la cour de Louis XVIII, par un tableau commémorant aux Tuileries l'une des grandes œuvres du feu roi martyr, de son fidèle ministre et du marin légendaire dont le sacrifice avait enrichi la science et la conscience universelle de l'Humanité pour la plus grande gloire de la France. *
* * Il reste que la peinture de Monsiaux n'est pas un document d'époque. Trente-deux ans de bouleversements insensés, de vandalisme et de destructions se sont écoulés depuis
l'événement. Dans la mémoire des hommes, bien des souvenirs se sont effacés, à
commencer par les subtilités des modes, toujours fugaces. A part l'imagerie, vulgaire et fantaisiste, la
documentation iconographique, faiblement diffusée, était rare et coûteuse. Sans doute, Monsiaux
a-t-il pu se renseigner assez exactement sur les costumes masculins de ses personnages civils, mais rien ne garantit
qu'il ait eu en mains un uniforme de capitaine de vaisseau, et encore moins, un portrait de ces officiers toujours
nomadisant, à court d'argent. II ne lui restait alors que les textes officiels et les souvenirs imprécis
des anciens. L'uniforme de Lapérouse est conforme à l'Ordonnance de 1764 et confirme la permanence de cet uniforme traditionnel. Tout au plus pourrait-on critiquer la coupe de l'habit qui paraît un peu étriqué et, comme la veste, un peu court; en revanche, la longueur du parement semble un peu trop grande. II ne porte pas le collet rabattu prescrit en 1786 et qui ne figure pas non plus sur les quelques portraits même postérieurs à 1786 que nous connaissons avant 1793. Quant au Ministre, il se pourrait que ce Maréchal, dans son rôle de grand chef des officiers de plume, se soit avisé de porter l'uniforme « gris de fer» que ces Messieurs s'étaient donné vers 1750, au temps des « Ports de France» de Vernet. II porte, comme le Roi, l'emblème de l'Ordre du Saint-Esprit, brodé sur le côté gauche de l'habit. Jacques Vichot
(*) Dans le numéro 148 de Neptunia, le nom du peintre est écrit avec un "x", mais il semble qu'on
le trouve plus souvent orthographié "Monsiau".
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Association des Amis du Musée national de la Marine
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